La vie est faite de petites contrariétés. L’expérience vous le dira. Tenez, au hasard, prenez cette sadique invention des temps modernes du bouchon solidaire. Quel est cet enfant de salaud qui a mis tout son génie dans un tel système de perversité ? Qu’a-t-il bien pu se passer dans les jeunes années de ce futur ingénieur de la terreur pour qu’il en veuille à ce point à la Terre entière ? Je parierai mes fringues de coulisse que le gonze appartient à la même famille que le raclo qui a pondu les captcha sur les sites internet pour prouver qu’on est des humains après tout et sur lesquels il n’est jamais possible de reconnaître une foutue lettre, je suis certain que sa reum est celle qui a eu l’idée saugrenue un jour d’enrouler de papier collant le petit-suisse frais, il doit bien y avoir dans une branche de son arbre généalogique un spécialiste de l’ouverture facile, une experte de la spirale du distributeur automatique qui ne fait jamais tomber ton Snickers, un prince du paiement sans contact qui ne fonctionne jamais, un as de la cuisson des nouilles en 3 minutes. L’entendez vous mugir chaque matin, ce féroce soldat, cet olibrius cacochyme, lorsqu’avec peine vous dévissez ce satané cercle de l’enfer, les yeux encore embués de sommeil et les pensées toujours frétillantes de rêves érotiques chagrinés ? Entendez-vous au lointain son,rire sadique et sardonique (ta mère) au moment où vous versez le lait dans votre bol de céréales chocolatées ? Inéluctablement, et la science, si elle était un peu plus sérieuse dans ses affaires , le prouverait aisément, le bouchon mal positionné se la joue genre révolution copernicienne en tournant de 180 degrés autour du goulot, déviant le jet lacté de sa trajectoire initiale répandant simultanément sur le sol votre petit déjeuner et l’espoir de passer une bonne journée . Vous me direz, je n’ai qu’à acheter du lait en brique UHT.
Confidence pour confidence, même si c’est pas moi que j’aime à travers vous, il n’était nullement question à l’origine de m’attarder sur ce petit morceau de plastoc qui est à la bouteille en PET ce que Pierre Niney est au cinéma français: une vilaine et agaçante excroissance.
On m’avait demandé, en effet, de pondre un truc sur Halloween. Rapport à la saison. Toussa. Ni une, ni deux, ni même trois ou quatre, je m’y attelai, dès potron-minet, avec toute l’inspiration ravageuse qui me caractérise, prêt à en découdre avec ces solennités de mécréant qui cachent sous des maquillages grossiers ou des masques de clowns tueurs leur avide soif de festoyer, sous des auspices mercantiles, l’automne, ses morts et ses citrouilles.
Très honnêtement, tenez vous bien…
Tenez-vous mieux.
Je n’ai rien contre les gens qui fêtent Halloween. Je trouve d’ailleurs assez agréables voire plaisantes ces soirées du 31 octobre bourrées de sucre, de faux sang et de piaillements langoureux. A la rigueur, les tartes molles qui enchainent le bouzin avec la célébration non stop edit de Thanksgiving et du Black Friday, en se farcissant une dinde en compagnie d’amis décérébrés, se croyant dans une sitcom américaine des années 90 sans rires enregistrés, là oui, je l’avoue, votre honneur, il y a de quoi me filer des plaques d’eczéma et des insomnies.
Rappelons-le, cette Action de grâce, célébrée le quatrième jeudi de novembre chez les Ricains, est une institution, c’est en somme une espèce de commémoration des Pères Fondateurs qui, comme de grosses baltringues, survivants du scorbut, se retrouvèrent vite dépourvus quand la bite (putain de correcteur automatique) fut venue. Ils durent leur salut à la tribu des Wampanoags. En effet, durant la rigueur de l’hiver, ces braves gens leur filèrent de quoi grailler, leur apprirent à chasser le bison futé, à taquiner le goujon dans les rivières sauvages et à cultiver le maïs pour faire du pop corn. Pour les remercier, rapidement, je n’entre pas dans les détails, hein, sinon on n’est pas rendu et j’ai un plat sur le feu, va voir sur Wikipédia au pire si le sujet te passionne, pour les remercier, dis-je, les colons massacrèrent les autochtones puis, tout fiers comme Artabor le corsaire de l’espace, s’empiffrèrent la panse de volailles braisées et de patates douces amères. On le voit bien avec cette brillante démonstration rhétorique, fêter Thanksgiving en France, c’est un peu comme voir Pierre Niney dans toutes les productions cinématographiques actuelles : ça n’a rien à foutre là.
Tout cela je me le disais, juste avant le drame.
Cherchant avec fougue et fureur, une autre vanne sur Pierre Niney, laquelle, comme son talent ne pointa jamais le bout de son verbe, je décidai afin de me remettre les neuronnes sur les rails de ces montagnes russes qui me servent de neurotransmetteurs de me désaltérer la baveuse d’un verre de soda glacé. D’un geste leste et alerte à Malibu, telle une couleuvre qui glisse entre deux rochers, je saisis la teille d’une pogne et le verre d’une autre, dévissant le bouchon de plastoc rouge d’un coup de quenottes bien placé. A l’instant précis, où ça commençait à bubuller et à mousser comme un volcan entrant en éruption, le bouchon de plastoc solidaire glissa le long du goulot pour se placer pile poil, l’enfoiré, sous le jet de Coca en fusion déviant ainsi sa trajectoire initiale la redirigeant vers mon clavier d’ordinateur et mon téléphone portable. Voyant mon inexpugnable connerie prendre le pas sur ma raison pure, je lâchai dans la panique le verre, bondissant sur mon PC comme un félin en rage prêt à sauver sa progéniture d’un prédateur menaçant. L’eau et l’électricité faisant rarement bon ménage, (un peu comme Pierre Niney et le cinéma français, mais bon, celle là, je la ferai ape), une étincelle jaillit, me faisant reculer de deux cases emportant d’un revers de manche de chemise mal boutonnée, mon phonetel dont l’écran au moment de rencontrer le sol dur du carrelage froid explosa en mille morceaux. L’étincelle devint flamme et soudain, en moins de temps qu’il n’en faut pour pondre un billet pour Locaux Magazine, l’ordinateur prit feu.
Voilà, c’est pour ça, boss, que je n’ai pas pu écrire mon papier sur Halloween dans les temps. C’est pas de ma faute. Ni celle de Voltaire. C’est l’autre là avec ses bouchons solidaires à la con.
Vivement Noël.
En attendant,
Enjoy or die.
Texte : Julien / Illustration : KLR